Action en nullité des libéralités

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L’action en nullité est le fait de demander au juge d’annuler un acte juridique non conforme aux règles légales prévues (conclu dans le vice). Pour les libéralités, l’action est ouverte pendant 5 ans aux personnes y ayant personnellement un intérêt.

Les libéralités sont des actes juridiques par lesquels une personne peut transmettre, gratuitement, ses biens au profit d’une autre personne. Ces transmissions ne peuvent être faites que par donation ou par testament.

La donation est une libéralité par laquelle une personne (le donateur) transfère la propriété d’un bien à une autre (le donataire). C’est un acte irrévocable et immédiat (le bien entre directement dans le patrimoine du bénéficiaire). Le donateur ne pourra reprendre la chose donnée que dans des cas très particuliers. La donation est assimilée à un contrat où auteur et bénéficiaire doivent avoir la capacité juridique et auquel ils doivent consentir réciproquement.

Le legs désigne le bien que l’auteur du testament décide de donner. Contrairement à la donation, le legs prend effet seulement à la mort du testateur. Cependant, le legs n’est pas transmissible, les légataires décédés ne transmettent pas leurs legs à leurs héritiers. Dès lors, si le légataire désigné décède avant le testateur et que le testament n’est pas modifié la part léguée est perdue.

Puisqu’il s’agit d’actes juridiques, des règles doivent être respectées afin qu’ils soient déclarés valides.

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I/ Annulation des libéralités pour absence de consentement libre et éclairé

L’ article 901 du Code civil pose la condition du consentement du disposant à la libéralité :  « Pour faire une libéralité, il faut être sain d’esprit. La libéralité est nulle lorsque le consentement a été vicié par l’erreur, le dol ou la violence.»

A) L’insanité d’esprit

  1. Notion

La condition de la sanité d’esprit se réfère à la faculté de consentir.

L’insanité d’esprit se comprend de toute sorte d’affections mentales qui dérèglent la faculté de discernement. L’affection peut être durable ou seulement passagère, dès lors qu’elle existait au moment de l’acte.

Cette notion est indépendante de toute mesure de protection du majeur incapable, un majeur protégé pouvant être sain d’esprit.

  1. Preuve

L’insanité d’esprit est appréciée souverainement par les juges du fond. C’est à ceux qui agissent en nullité pour cette cause de prouver l’existence d’une insanité au moment de l’acte.

Dès lors qu’elle n’est pas exclusive de lucidité, l’existence d’affections mentales (comme la dépression, le délire de persécution, la désorientation occasionnelle due au grand âge, la toxicomanie) ne suffit pas en elle-même à établir l’insanité ; il faut en plus faire la preuve d’une altération du discernement au moment de l’acte.

Même l’existence d’une affection conduisant à une démence irréversible comme la maladie d’Alzheimer n’est pas suffisante à obtenir l’annulation d’une libéralité, dès lors qu’en dépit de l’existence d’un déclin cognitif ou début d’altération de ses facultés personnelles, il n’est pas établi que le disposant fût dans l’incapacité d’appréhender et de défendre ses intérêts (Cour d’appel de Paris – 5 juin 2019 – n° 17/16577).

  1. Prescription de l’action en nullité

L’action en nullité d’une libéralité pour insanité d’esprit se prescrit par cinq ans.

Du vivant de son auteur, l’acte ne peut être annulé que par lui-même (article 414-2 alinéa 1 du Code civil), ou par son tuteur en cas de mise sous tutelle postérieurement à la libéralité. Le point de départ de l’action en nullité de la donation (le testament étant librement révocable) est la date de l’acte.

Les libéralités faites par une personne protégée dans les deux années précédant la mise en place de la protection peuvent être annulées sur la seule preuve que son inaptitude à défendre ses intérêts, par suite de l’altération de ses facultés personnelles, était notoire ou connue du cocontractant à l’époque où les actes ont été passés (article 464 du Code civil).

Après la mort de son auteur, les libéralités faites par lui peuvent être attaquées pour insanité d’esprit par ses héritiers, légaux ou testamentaires. La prescription de cinq années ne court alors qu’à compter du décès, qu’il s’agisse d’une action en nullité d’un testament (Civ. 1, 20 mars 2013, no 11-28.318) ou d’une donation (Civ. 1re, 8 mars 2017, n ° 17–12.607).

B. Le vice du consentement

L’insanité d’esprit résulte de déficiences mentales ou de troubles qui empêchent une personne d’agir avec discernement. Dès lors, il est possible d’annuler les libéralités d’une personne non saine d’esprit lorsqu’elle les a consenties seule (nullité pour insanité d’esprit) ou après avoir été abusée par un tiers (action en réparation d’un abus de faiblesse).

L’action en nullité de donation ou de legs pour insanité d’esprit ne peut être intentée que par les héritiers pendant 5 ans à compter du décès du donateur.

Le fait d’abuser d’une personne vulnérable est considéré par la loi comme un abus de faiblesse. Une personne profite de la faiblesse d’une autre afin de lui soutirer des biens ou des legs. Non seulement la personne se rend coupable d’abus de faiblesse, mais également de détournement d’héritage.

L’action en réparation du préjudice successoral peut être intentée, devant les tribunaux civil ou pénal, par les héritiers du donateur.

L’erreur est le fait de se tromper sur l’objet donné ou sur la personne à qui il est donné.

Par exemple, le donateur pensait donner un simple bijou alors qu’il a en fait donné un bijou de famille dont il ne voulait pas se séparer.

La violence est une contrainte, morale ou physique, exercée sur une personne pour qu’elle consente à donner. Sans cette violence la personne ne se serait pas exécutée.

Il peut s’agir de violences physiques, mais aussi de menaces ou d’intimidation. La violence sur le conjoint, les descendants ou ascendants du donateur sont également source d’annulation.

Le dol est une intention de tromper, de dissimuler des informations ou des éléments capitaux à une personne afin qu’elle consente à un don. Si elles avaient été connues du donateur, le don n’aurait pas existé ou aurait été différent.

II/ Annulation des libéralités pour absence de capacité juridique

« Toutes personnes peuvent disposer et recevoir, soit par donation entre vifs, soit par testament, excepté celles que la loi en déclare incapables. »(article 902 du Code civil)

A) L’incapacité du disposant

  1. Mineur

Le mineur non émancipé ne peut disposer à titre gratuit. Néanmoins, le mineur de seize ans révolus peut disposer, mais uniquement par testament et jusqu’à concurrence de la moitié des biens de la quotité disponible (article 903 du Code civil).

Le mineur émancipé peut en revanche disposer librement comme un majeur.

  1. Majeur protégé

Pour recevoir ou consentir (donateur et donataire) à une libéralité, la personne doit être capable juridiquement.

La personne en tutelle peut, avec l’autorisation du juge ou du conseil de famille s’il a été constitué, être assistée ou au besoin représentée par le tuteur pour faire des donations.

Elle ne peut faire seule son testament après l’ouverture de la tutelle qu’avec l’autorisation du juge ou du conseil de famille s’il a été constitué, à peine de nullité de l’acte. Le tuteur ne peut ni l’assister ni la représenter à cette occasion (article 476 du Code civil).

La personne sous curatelle ne peut faire de donation qu’avec l’assistance du curateur. Elle peut en revanche librement tester (article 470 du Code civil).

La personne placée sous sauvegarde de justice conserve l’exercice de ses droits. Elle peut donc librement disposer par donation ou testament. Toutefois elle ne peut, à peine de nullité, faire ces actes dans le cas où un mandataire spécial a été désigné pour leur exécution (article 435 du Code civil).

B) L’incapacité du gratifié

  1. Inexistence du gratifié

  • Les personnes majeures déclarées légalement incapables doivent être encadrées pour consentir à des libéralités
  • Les mineurs non émancipés peuvent consentir à des libéralités qu’avec l’accord de leurs représentants légaux (parents ou tuteurs)
  • Les personnes privées de leur capacité de discernement, non saines d’esprit, ne peuvent pas effectuer de libéralité

Pour être capable de recevoir une libéralité, il suffit d’être conçu au moment de la donation ou du décès du testateur (article 906 et 725 du Code civil).

En conséquence, la personne physique non conçue comme la personne morale n’ayant pas la personnalité juridique à cette date ne pourront pas être gratifiées. De même le legs fait à une personne morte est invalide (par exemple, un legs « à l’abbé Pierre »). L’incertitude de l’identité du gratifié invalide également la libéralité (par exemple, le legs fait « aux amis » du testateur ou « aux pauvres »).

  1. Empêchement de lien

La loi interdit au gratifié de recevoir une libéralité d’un disposant lorsqu’il existe entre eux certains liens faisant redouter une emprise du gratifié sur le disposant.

Ainsi, le personnel médical (médecin, chirurgien, infirmières, aides-soignantes) ne peut pas recevoir de libéralités d’une personne placée sous leurs soins. Cette incapacité touche également tout intervenant d’une aide à domicile d’une personne vulnérable.

Les personnes chargées de représenter les personnes incapables ne peuvent pas recevoir de libéralité de leurs parts.

SOURCES:
http://droit-finances.commentcamarche.net/contents/1543-annuler-ou-revoquer-une-donation
https://www.courdecassation.fr/publications_26/rapport_annuel_36/rapport_2005_582/quatrieme_partie_jurisprudence_cour_590/droit_personnes_famille_592/succession_liberalites_7822.html

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